Le visiteur

Une pièce de Eric-Emmanuel SCHMITT
Mise en scène Johanna BOYÉ

Avec
Sam KARMANN
Franck DESMEDT
Katia GANTHY
Maxime de TOLEDO

A PARTIR DU 27 JANVIER 2021

Du mardi au samedi à 21h
Matinées les dimanches à 15h
(Relâche exceptionnelle le 5 mars 2021)

Tarifs guichet* :
45€ (Carré Or), 36€, 27€
(*sans frais de réservation)

"SOYEZ LES 1ERS. AUX 1ERES." = -40% POUR TOUS SUR TOUTES LES CATEGORIES DU 27 JANVIER AU 5 FEVRIER 2021 !


Durée : 1h40

Réserver
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU
Crédit photo : Fabienne RAPPENEAU

Le visiteur

Vienne 1938 : les nazis ont envahi l’Autriche et persécutent les juifs.
Par optimisme, Sigmund Freud ne veut pas encore partir ; mais en ce soir d’avril, la Gestapo emmène Anna, sa fille, pour l’interroger. Freud, désespéré, reçoit alors une étrange visite.
Un homme en frac, dandy léger, cynique, entre par la fenêtre et tient d’incroyables discours...
Qui est-il ? Un fou ? Un magicien ? Un rêve de Freud ? Une projection de son inconscient ?
Ou bien est-il vraiment celui qu’il prétend être : Dieu lui-même ?
Comme Freud, chacun décidera, en cette nuit folle et grave, qui est le visiteur... ?

(Crédit photos : Fabienne Rappeneau)

NOTE DE L'AUTEUR

(Photo : Pascal Ito)

CRISE DE FOI


Comment croire en Dieu aujourd’hui ? Comment croire encore en Dieu dans un monde où l’horreur le dispute à l’abominable, où la bombe extermine, où sévit comme jamais la discrimination raciale, où l’on invente des camps de rééducation ou d’extermination ?
Bref, comment croire en Dieu à l’issue de ce XXe siècle si meurtrier, si méthodiquement meurtrier ? Comment croire en Dieu face au mal ? Ce problème porte un nom en philosophie : la théodicée (le procès de Dieu). Nous le faisons tous les jours, devant un enfant qui souffre, devant un grand amour qui nous est enlevé par une maladie, devant le fanatisme de ceux qui tuent au nom de leur Dieu, devant notre écran de télévision qui nous apporte les cris et les souffrances du monde.
Un soir, je me mis à sangloter en écoutant le journal télévisé : les nouvelles n’étaient pas pires que celles d’un autre jour, c’était la soupe ordinaire du crime et de l’injustice mais ce soir-là, je ne me contentai pas de comprendre et d’enregistrer les informations, je les sentais. Dans ma chair je saignais à l’unisson du monde ; les violences résonnaient en moi comme un tympan. J’étais déprimé d’être un homme. Je me dis : «Comme Dieu doit être découragé en regardant le journal de 20 heures !». J’avais même de la compassion pour ce Dieu dont l’existence m’est incertaine. Je songeai encore : «Si Dieu a une dépression que peut-il faire ? Quel recours ? Qui peut-il aller voir ?». Immédiatement l’image fondit sur moi : Dieu sur le divan de Freud.
Puis la contre-image : Freud sur le divan de Dieu. L’excitation intellectuelle sécha rapidement mes larmes, je me mis à jubiler. Dieu et Freud doivent avoir énormément de choses à se dire puisqu’ils ne sont d’accord sur rien...
Et ce dialogue n’est pas facile puisqu’aucun des deux ne croit en l’autre... L’idée fit son nid en moi, m’habita plusieurs années avant que je m’en délivre en écrivant la pièce. Le succès fut une leçon d’humilité. Ce que j’avais cru, présomptueusement, n’intéresser que moi, intéressait une multitude. En allant au coeur de moi-même, ce n’était pas moi-même que je découvrais, mais l’humain, l’humain universel. La sincérité est un humanisme.
Douter, changer d’avis, passer de l’espoir au désespoir, ne pas savoir, ce n’est pas être faible, c’est être un homme. J’ai appris que chacun se retrouve dans les méandres du Visiteur ; les Juifs y voient une méditation hassidique, les chrétiens une pièce pascalienne sur le Dieu caché, les athées y reconnaissent le cri de leur détresse. Cela signifie aussi que chacun y écoute des positions qui ne sont pas les siennes. Qui que l’on soit, en écoutant la pièce, on fait l’épreuve de l’autre. Et cela surtout m’importe.

QUI EST LE VISITEUR ?


Qui est le visiteur ? Dieu ou un fou ? Un songe de Freud ? La pièce n’est- elle que la méditation intérieure d’un vieil homme ? Chacun le décidera avec sa liberté. Ma réponse n’a pas plus de valeur que celle d’un autre. On la détectera néanmoins dans le texte si l’on est très attentif. La pièce prépare le terrain de la croyance et s’arrête au seuil. Franchir ce seuil relève de la foi, donc de la liberté. Et cela n’est donc pas partageable.
Si je faisais autre chose qu’indiquer le seuil, Le Visiteur cesserait d’être une pièce philosophique, deviendrait une pièce à thèse -ce que j’exècre- et faillirait à sa vocation de donner à penser en même temps qu’à sentir. Quant à l’ami qui m’avait déconseillé de publier cette pièce qui ne l’intéressait pas, il est toujours là, auprès de moi, encore plus près ; nous avons parlé parfois, en riant, de cette mort qu’il avait souhaité au Visiteur ; il ne se dément pas, mais je sais, par d’autres, qu’il en sait désormais toutes les grandes tirades par coeur.


Eric-Emmanuel SCHMITT,
Grenade, Espagne, le 16 janvier 2000

NOTE DE MISE EN SCENE


QUESTIONS EXISTENTIELLES

Le Visiteur de Eric-Emmanuel Schmitt est une pièce qui m’a fortement marquée, lorsque je l’ai vue adolescente. C’est un des textes qui m’a donnée envie de faire du théâtre et de devenir un jour metteur en scène. C’est un honneur pour moi de le mettre en scène aujourd’hui.
La force du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt repose sur la question existentielle et philosophique qu’il soulève et sur le duo extraordinaire qu’il convoque : si Dieu existe, comment peut-il laisser les guerres éclater ? Les atrocités telles que le nazisme se perpétrer ? Si Dieu est tout puissant, comment se peut-il qu’il n’intervienne pas pour rétablir la paix entre les hommes ? Tant de questions qui se posent fatalement à nous, un jour, et qui continueront longtemps de créer débats et discussions, d’où que nous soyons.
La pièce démarre peu après l’invasion de l’Autriche par les troupes hitlériennes, en 1938. Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Freud est déjà malade d’un cancer de la gorge, vieilli et affaibli. Il est harcelé par un nazi qui le malmène, et qui lui exhorte de l’argent. Or, son statut, sa notoriété, lui offre la possibilité de fuir le nazisme et de s’exiler à Londres. Mais ce départ, cette protection, il ne peut l’obtenir qu’en signant un certain laissez-passer, qui garantit le bon traitement des nazis à son égard. Freud doit faire un choix auquel il ne réussit pas à se résoudre. Signer le laissez-passer, corrompre son intégrité, fuir pour être libre, ou bien ne pas signer le laissez-passer, sauver sa dignité, mais rester prisonnier de l’étoile jaune et risquer d’être emmené dans les camps. Freud, dans la plus grande des solitudes, se retrouve face à lui-même, devant un choix complexe, une impasse.
Or, c’est cette nuit-là qu’un visiteur s’introduit chez lui, comme par enchantement.
Cette étrange apparition ne va cesser de se jouer de lui, de le déstabiliser. Et plonge le spectateur dans le même désarroi que Freud. Sommes-nous face à Walter Oberseit, un fou échappé de l’asile ? Face à Dieu lui-même ? Ou bien face au Diable ?
Pendant toute la pièce, il s’agit de jouer avec cette situation invraisemblable, de balader le spectateur, pour ne jamais lui laisser entrevoir l’identité réelle du visiteur. Le mystère doit rester entier.

UNE NUIT ÉNIGMATIQUE

La pièce se déroule en une nuit, dans le bureau de Freud. Rideaux, fenêtres, bibliothèques, divan, vont constituer cet espace conçu comme le cabinet de curiosités de l’éminent psychanalyste. Les apparitions, et disparitions, du visiteur, l’opacité, la transparence des rideaux et des panneaux, créeront un subtil jeu de mystère et renforceront cette présence énigmatique. Sommes-nous dans un rêve de Freud ? Dans un dialogue avec lui-même, avec son propre inconscient ? Ou bien sommes-nous dans une hallucination passagère ? Cette nuit recèle un parfum d’invraisemblable et de magie. Il s’agit donc de créer une atmosphère onirique. La magie nouvelle nous permettra de créer des instants suspendus, merveilleux. Le son, la lumière, accompagneront et participeront à créer cette atmosphère mystérieuse. La tension, le suspens de la pièce, doit être palpable et tenir en haleine le public. L’atmosphère proche du « thriller psychologique » s’inspire du cinéma dans son traitement, et est tenue par les rebondissements que la présence du nazi, et la signature du laissez-passer induisent.
Le dialogue, la joute entre le visiteur et Freud, nous plonge dans une lutte symbolique, une plaidoirie magnifique, un débat éthique, entre deux visions du monde qui s’opposent.

Johanna BOYÉ
Paris, février 2020

  • 6, rue de la Gaîté 75014 Paris
    Tél : 01 43 35 32 31
    Du lundi au samedi de 11h à 13h
    et de 13h30 à 19h ou 21h
    Le dimanche de 11h à 15h
    (sous réserve de modifications)


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